Derrière le masque de la miséricorde 🇩🇿

 

Derrière le masque de la miséricorde




par la romancière et penseuse Dr. Djadouni Hakima NinarEskila


Extrait du roman : Iblîs, le Messager, Prophète des Ténèbres.


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Les réalisations parfaites exigent un long temps,

et parfois le sacrifice de toute une vie.

Occuper de grands postes revient à creuser sa propre tombe... Une tombe effrayante qui glace les âmes.

Mais, dans sa vérité maternelle, elle est le passage de la mort à la vie,

la découverte de la bonté et de la miséricorde dans leur proximité infinie.


Lorsque les arts de l’exploitation se fondent sur la persuasion d’un sacrifice,

ou lorsqu’ils considèrent la délivrance comme une naïveté,

le prix précède alors l’acte,

inscrit dès le premier souffle avant la fin.

Toute fatigue sincère, si pure d’intention soit-elle,

retrouve force dans la poussière de la tombe,

une force nouvelle qui renaît à chaque dimension et à chaque époque.


Une obsession parcourt les tribus,

l’une après l’autre, contaminées par la même incitation, le même appui.


Son regard est vengeur, sa voix métallique, ses yeux exorbités…


Le tocsin de la guerre sonna.

Les âmes furent versées, l’exil porté en deuil.

La mort se broda elle-même,

les cris éclatèrent, les lances transpercèrent,

et le moine, agenouillé sur la terre, traçait des symboles

en murmurant des prières mêlées aux chuchotements des djinns.


Il les poussa à tuer tous les saints,

et quiconque osa barrer la route du crime.

Les feuilles des rivaux se fanèrent,

ses propres fruits mûrirent seuls.


Ils moururent, disparurent.

Le matin se leva sur leurs troncs et leurs membres éparpillés

sur le plateau du bonheur d’Iblis.


Les guides et les sages s’éteignirent,

et les djinns ne virent plus qu’un seul chemin,

celui qui mène au cerveau des ténèbres.


Ils frappèrent à sa porte, soleil après lune, mois après mois,

prenant ses conseils, s’enivrant de la splendeur de ses sermons,

aidés par la ruse, liés par une dette dont le paiement serait multiplié.


Ils le nommèrent “Al-Aziz”, leur chef suprême.


Un but démoniaque avait effacé la distance

qu’Iblis avait parcourue vers la terre de la vengeance.

Il aspergea sa cage ardente du souffle du froid triomphal,

respira la victoire,

et laissa danser son triomphe devant ses yeux.


La patience ancienne porta fruit :

une récolte odorante de succès.

Son cœur ralentit tandis que ses pensées festoyaient.

Il s’enivra de la défaite de ceux qui avaient perdu la voie de Dieu

et s’étaient livrés à sa servitude.


Derrière le masque de la miséricorde,

il exerçait la plus subtile des cruautés symboliques.


Iblis aime être comme l’eau au jour de la soif,

au temps de la sécheresse,

afin de jouer avec les besoins de son peuple à sa guise.


Il sait désormais qu’ils sont aveugles sans lui,

incapables de ruse ni d’échappatoire.

Alors il leur servit la rareté du choix.


Oui, il leur reprendra ce qu’on lui a pris depuis sa chute :

la liberté, celle qu’il désire encore sans jamais l’avoir sentie,

malgré l’éternité passée hors des barreaux de sa faute.

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